vendredi

17.




le je ne sais quoi.


il est dans un regard, dans le coin d'une bouche qui se relève en tremblant. il est dans la mélodie d'un rire, dans la façon dont parfois certains gestes modèlent l'air inconsciemment.
elle est là, sur son estrade, voix magistrale et propos majestueux, semblant porter la littérature à bout de bras, et la monture de ses lunettes qui vacille doucement. elle dit que le je ne sais quoi à sa place dans la confiance classique, et que selon tout un tas de gusses plus ou moins crédibles, avec un peu de méthode et de patience, tout est réductible au discours.
je n'aime pas ce genre de phrase toute faite. on introduit part tout, on place être au bon moment, puis un joli complément un tant soit peu cohérent. j'ai envie de crier. à descartes qu'il n'y a pas que la méthode, à kant qu'il se fait une idée du monde foutrement erronée, à rousseau qu'il débite un tas de conneries sur le comédien, à agamben que c'est beaucoup de bruit pour rien. les gens sont cons, alors ils diront que je ne suis qu'une pauvre gamine imbue d'elle-même, qui dénigre des génies d'une telle ampleur, aucun ne trouvant grâce à ses yeux. foutaises. à quoi bon citer tous ceux qui me font frémir ? cela n'avance à rien. il n'y a rien de plus creux qu'une liste de noms.
elle dit que le je ne sais quoi est poétique. comment peut-on se glorifier de qualifier le je ne sais quoi puisque son essence-même le veut irréductible au discours ? elle théorise et tout cela me fait songer à une superbe farce.
je pourrais presque en rire. presque. si cela ne me tenait pas tant à coeur, si je ne passais pas des heures assise devant cette photo, à vainement tenter de définir le je ne sais quoi. ce n'est pas en théorisant et en alignant les propos pompeux qu'on peut y parvenir, mais en ressentant, quoi qu'on en dise.


je pourrais presque en rire, si toucher du doigt le je ne sais quoi n'était pas si éreintant.

Aucun commentaire: