samedi

25.



le visage fatigué à force de s'émousser contre l'oreiller. ça sent encore la nuit, et je relis quelques bribes de passé qui jaunissent au fond d'un tiroir. des mots dont on lit sans peine la bêtise vainement dissimulée, l'hypocrite mouvement qui cherche à vivre une sensation construite sur des bouts de bois chancelants. ahah, pauvre râclure. pauvre, pauvre petite enfant qui fait semblant. tu me fais peine, je verserai presque des larmes si seulement il m'en restait un peu pour quelque chose d'aussi insipide que ta vie en carton pâte. c'est moi qu'il emmènera. ces visages émaciés, ces instants saisis au vol, l'odeur de l'oisiveté, la vie qui coule tranquillement entre les doigts, si tranquillement qu'on peut la regarder sans en avoir peur. ici, j'ai peur. et tout ça est à moi. il n'y a pas à tergiverser là-dessus. si je ne suis pas certaine de faire de grandes choses, je sais pertinemment que tu n'en feras aucune. et que c'est lui qui m'emmènera, et que c'est moi qu'il emmènera, et qu'un jour dans une rue dans la nuit sans autre lumière qu'un regard je hurlerai dans un fabuleux frisson, tu vois, tu vois, tu vois. je savourerai l'instant comme on savoure la dernière minute.

mardi

24.


L'ennui.


ça vous engourdit sans y prendre garde. on pense à peine au reste, puisqu'on se croit heureux. voilà le problème du bonheur. et ça vous prend comme ça. un jour, vous vous rendez compte que vous passez votre temps à monter des escaliers, à faire attention à des horaires, à rester assis sur une chaise. regardant sans cesse le temps filer sur votre montre, filer à en perdre haleine pour votre plus grand bonheur. quand est-ce-que se termine le prochain cours ? combien de pages avant la fin de ce livre ? combien de temps avant de m'assoupir entre ses bras ? et quand vas-tu enfin fermer ta gueule ?

des questions, des attentes, des réponses insipides et des désirs inassouvis.

alors on se met à jouer avec tout ce qui passe à portée de souffle. on jongle avec les sentiments, on les modèle à notre guise, on peint des expressions pour le plaisir d'un public aussi morne qu'une vieille polonaise repue de ragoût. et le théâtre retentit d'applaudissements qui n'ont pas lieu d'être. ils ne saisissent en rien le poétique du jeu. prenant tout au pied de la lettre, applaudissant par pure fadeur d'esprit, ils se vexent en découvrant que tout ceci n'était que mascarade.

et tenter de sortir de cette affreuse torpeur.

mais oui, du bouleversant. SURPRENEZ-MOI, que diable. pauvres veaux. vous ne ressentez rien, c'est à pleurer. oublions-donc ce qui vient d'être murmuré, et retournons nous étouffer de ces foutaises huileuses si chères à votre coeur.

l'oubli viendra peut-être.