samedi

31.


c'est la même pluie que la nuit où on dormait à la belle étoile. on disait que le ciel en valait le coup. la pluie d'août qui tombe légère, comme la brise qui fait coucher les brins d'herbe à la tombée de la nuit. une odeur de peau nue qui tombe du ciel pour venir se fondre dans nos corps asséchés par le sel, encore empreints de la chaleur d'une après-midi qui se meurt à peine. la bouche grande ouverte tournée vers le ciel, pour recueillir entre deux rires quelques gouttes trop fines. nos dos faisaient corps avec les dalles en pierre, ces dalles rugueuses qui nous griffaient le dos sans qu'on y prenne garde, dont la beauté tenait dans l'imperfection flagrante qui dessinait leurs contours. puis les nuages ont fui vers d'autres coins de ciel, nous laissant là, pauvres corps détrempés au rire inénarrable, faisant un pied-de-nez au malheur, souriant à la mort avec hardiesse, puisque nous n'avions pas l'impertinence de l'enterrer dans un coin de notre esprit. et il a dit : alors c'est ça, le bonheur, avec sa voix rêche comme un éclat de verre. j'ai ri effrontément, avant de dire au ciel, à vivre comme on rêve jusqu'à c'que mort s'ensuive. puis il a ajouté, naturellement. sur la dernière syllabe, l'instant s'est prolongé, jusqu'à se faufiler entre nos corps trempés.