dimanche

38.




le secret d'un caprice sans lendemain que personne n'y viendrait jamais découvrir.
proust.



cela ne rime plus à rien.
à peine un pauvre cagibi
dont on ouvre la porte
grinçante pour mieux la
refermer. j'abandonne.
adieu.

lundi

37.


si vous n'aimez pas la mer.
si vous n'aimez pas la montagne.
si vous n'aimez pas la ville.
allez vous faire foutre.


c'était un jeu. un jeu avec un hippopotame en plastique vert. il fallait enfoncer ses dents, mais il y avait une dent piégée. la dent du perdant. quand on enfoncait celle-là, la gueule en plastique de l'hippopotame se refermait sur vos doigts. et ses yeux en carton pâte reflétait une sorte de contentement atroce.
c'est une mascarade. on tousse imperceptiblement pour s'éclaircir la voix avant d'entrer en scène, on passe la porte, le rideau se lève, on arrange ses cheveux, et on réprime ce rictus affreux qui ne se laisse plus faire aussi facilement qu'avant. sinon, tout s'effondre. en attendant, ça s'émiette paisiblement, l'air de rien, et vous continuez à avancer sur la scène, comblé de ce rôle qui vous empêche de sombrer dans l'ennui diurne. la nuit, ce n'est pas pareil. on meurt un peu. dès que le moindre à quoi bon vous assaille, vous sortez côté cour. histoire de remettre d'aplomb ce qui vous sert de visage. dans visage il y a vie. c'est ce qu'on croit. jusqu'à ce qu'on se rende compte que sous l'estrade, trône un deus ex machina qui va bientôt entrer en scène. et lui, il rit, figurez vous. il rit pour de bon, il rit grand, son rire ronge le bois de l'estrade qui s'émiette de plus en plus, il envahit le théâtre tout entier, rampe le long des colonnes ouvragées, court le long des statues effarées, glisse entre les balcons dorés, raye le parquet ciré, crisse autour des sièges usés, et hurle, hurle, hurle, HURLE.
rideau.

mercredi

36.






Catherine - et pourquoi faire le mal ?
Goetz - parce que le bien est déjà fait.
Catherine - qui l'a fait ?
Goetz - dieu le père. moi, j'invente.



elle est sortie de la bibliothèque, à pas feutrés, comme si ce pauvre corps pouvait changer quoi que ce soit au cours des choses. elle est passée devant le panthéon, en levant les yeux vers le ciel. le regard en buée. les cheveux en pagaille. et le froid qui tiraille, relève le col de sa veste. elle traverse la rue qui descend vers le luxembourg. une vieille dame passe, elles sont si près qu'elles se frôlent. la vieille hésite, ses yeux se plissent un peu. elle rattrape la jeune fille et ses talons usés crissent sur le sol. "mademoiselle, ça va ?". il y a un silence, paris se tait pendant une imperceptible seconde. la jeune fille pleure.



jeudi

35.






write as if you were dying.
at the same time, assume you write for an audience consisting solely of terminal patients.
that is, after all, the case.
what would you begin writing if you knew you would die soon ? what could you say to a dying person that would not enrage by its triviality ?
write about winter in the summer.




j'ai perdu le goût des mercredis après-midi d'antan. ceux où je me haussais sur la pointe des pieds pour atteindre le rebord du balcon. il y avait une odeur de sève, et j'étais soulevée de terre dans un grand éclat de rire. mais il y a longtemps que je n'ai plus besoin de me mettre sur la pointe des pieds pour atteindre le rebord. alors je cherche le goût de ce mercredi, le ciel était sans faille, on en plissait les yeux de plaisir, on s'était assises dans le square, au ras de la seine. on s'étaient déchaussées, allongées, repues de soleil. il y avait ces notes sur kant, et puis la seine, et nous sur ce petit îlot, on aurait tant aimé s'y perdre, rien qu'à peine. on avait fait le tour du luxembourg à vélo, puis du 6ème entier, l'ivresse d'une liberté volée posée sur nos visages. on était même allées voir comment c'était, là-bas, derrière le panthéon. on l'a tellement sacralisé, cet endroit mythique, on avait presque l'impression qu'il était interdit au commun des mortels. en vérité, il est aussi gris qu'un poivrot à l'heure du ricard, gorgé de jeunes gens engonçés dans des costumes étriqués. on était reparties comme on était venues, filles de l'air d'une après-midi, et à ce moment-là, kant n'avait plus, dans notre esprit, qu'une maigre signification. mais il faut cesser de ressasser de tels instants.

mardi

34.




- mon vieux, l'homme n'a pas l'habitude de mourir, mets-toi bien ça dans la tête. pas du tout l'habitude de mourir. alors, quand ça lui arrive, il s'en souvient.

malraux.



que dire. le silence vaudrait bien mieux, mais. c'est une histoire d'ego. le reste, c'est du vent. brasser de l'air et des conneries avec en espérant en vain que les névroses claqueront la porte de leur propre chef. à prague, les toits des maisons respirent. la tête perpétuellement tournée vers le ciel, il semble que les tuiles ondulent au rythme du vent. c'est comme un souffle imperceptible. les tôles se gonflent doucement, dans un léger soupir, presque une illusion. les yeux débordent alors bien trop pour discerner quoi que ce soit. quant au destin, il est bel et bien la plus grandiose des balivernes qu'on ait pu inventer pour rassurer les tièdes et ceux qui ne vivent pas, mais qui survivent à peine. et ce même si ce n'est que le plus beau des hasards. allez savoir.

dimanche

33.




la mère - comment peut-on savoir quand tout disparaît ?


j'écoute cat power, toutes lumières éteintes. sentir le souffle qui s'étrangle doucement, sans bruit. laisser l'âme se démêler, tenter de se dépêtrer de pauvres soupirs enlacés. les instants hors du monde, ça ne fait qu'une bouchée de vous pour mieux vous faire oublier ce que répit veut dire. les instants où on effleure le goût du silence. il ne s'échappe plus à sa guise, on le tient au creux d'un souffle, assez pour le faire courir entre les derniers murmures du matin. le ciel s'étire et se gonfle d'une couleur sans pareil, comme un rien qui tire les esprits d'une transe doucereuse. cela n'a rien à voir avec une effluve nouvelle, ce n'est rien d'autre que quelqu'un qui marche en équilibre sur le trottoir de l'avenue dans la nuit qui se meurt, une porte qui claque sans l'ombre d'une rancoeur, et peut-être un coin de sourire oublié. quelque chose qui piétine le regret, pieds nus dans le petit matin.



jeudi

32.


- erreur de jeunesse, ça s'appelle, justement pour qu'on n'en cause plus.

mélodie en sous-sol.



vous allez en bouffer de l'onomatopée, de la belle, de la fraîche, et de la reluisante encore. et vlam. et tchlaf. et schbim. ça cogne dans tous les coins, ça se bouscule, ça se retient, ça cocotte le rance, le placard renfermé, le cagibi de la concierge. ça glaviote et ça s'meurt comme un moineau sans ailes. mais on s'en fout de ça, n'est-ce pas. les moutards ils leur arrachent les ailes aux moineaux, aux sauterelles. ils se fourrent les doigts dans le nez, et ils se marrent. ils caracolent dans les squares maintenant que le soleil a fait son grand retour sur scène, à hurler comme des bons sagouins, et rire à s'en faire sauter les yeux. et les gens trouvent ça beau, parce que les gens sont cons. la beauté avec eux devient comme un caniveau un jour de pluie. un écoulement nasal ravi d'être au monde. ils vous jettent leur joie à la gueule, ils osent même appeler ça du bonheur. leur biffe se charge d'un sourire niais à souhait, histoire d'en rajouter un peu, et ils perdurent dans la contemplation de leur nombril. ils sont là, à l'apogée du ravissement, tentant désespérément de vous pousser dans la mièvrerie pour mieux se délecter de leurs pauvres instants insipides. y a des torgnoles qui se perdent. y a pas à dire, il vaudrait mieux un beau silence plutôt que toutes ces inepties. mais ça fait bien longtemps que le silence est mort.


samedi

31.


c'est la même pluie que la nuit où on dormait à la belle étoile. on disait que le ciel en valait le coup. la pluie d'août qui tombe légère, comme la brise qui fait coucher les brins d'herbe à la tombée de la nuit. une odeur de peau nue qui tombe du ciel pour venir se fondre dans nos corps asséchés par le sel, encore empreints de la chaleur d'une après-midi qui se meurt à peine. la bouche grande ouverte tournée vers le ciel, pour recueillir entre deux rires quelques gouttes trop fines. nos dos faisaient corps avec les dalles en pierre, ces dalles rugueuses qui nous griffaient le dos sans qu'on y prenne garde, dont la beauté tenait dans l'imperfection flagrante qui dessinait leurs contours. puis les nuages ont fui vers d'autres coins de ciel, nous laissant là, pauvres corps détrempés au rire inénarrable, faisant un pied-de-nez au malheur, souriant à la mort avec hardiesse, puisque nous n'avions pas l'impertinence de l'enterrer dans un coin de notre esprit. et il a dit : alors c'est ça, le bonheur, avec sa voix rêche comme un éclat de verre. j'ai ri effrontément, avant de dire au ciel, à vivre comme on rêve jusqu'à c'que mort s'ensuive. puis il a ajouté, naturellement. sur la dernière syllabe, l'instant s'est prolongé, jusqu'à se faufiler entre nos corps trempés.

lundi

30.



JE MONOLOGUE POUR LES DEBARDEURS, JE PHONOGRAPHE POUR LES SPLENDIDES IDIOTS DES BOULEVARDS EXTERIEURS ET C'EST TOUT A FAIT PAR HASARD SI JE VOUS RENDS VISITE DANS VOTRE PETIT INTERIEUR. PREMIER QUI DIT "ET TA SOEUR" EST UN HOMME MORT. PERSONNE NE LE DIT, IL A TORT, C'ETAIT POUR RIRE.


rien ne vaut les paroles de jacques à trois heures du matin.


samedi

29.



les arbres décharnés, les pavés détrempés, un air à la guitare qui plane dans les tréfonds d'une tête délabrée. et puis le vent, à peine une brise, qui fend la foule sans se presser et emporte avec lui un joli tas d'années. le parvis de beaubourg est tout émoustillé, il rit comme une enfant qui fomente une connerie dans l'instant. je ferme les yeux, et l'oubli s'évapore pour laisser doucement le souvenir me glisser sur les hanches.
la grille en fer forgé, et puis ces escaliers qui semblent n'en plus finir, éternels, immuables, à jamais imprimés dans la pierre lézardée. la boîte aux lettres à l'inaltérable rituel, la statue hideuse dont on cherchait à éviter le regard quand nous montions vers la piscine, les bras chargés d'assiettes, les couverts en balade dans les graviers où nous marchions pieds nus sans guère nous soucier des remontrances alentour. à quoi bon enfiler quoi que ce soit sur ces corps qui ne cessaient de danser, de hurler à pleine voix. on cherchait seulement à se gorger de soleil en attendant demain. on sautait à pieds joints dans l'eau turquoise avant d'ouvrir les yeux pour regarder les pins prendre des formes nouvelles au rythme de l'eau, jusqu'à ce que le souffle nous manque. et dormir sous les toits en étouffant les rires, boire le café sur une terrasse calcinée de soleil en jouant aux cartes sans parvenir à s'en lasser. les rires qui fusent parce que la grand mère triche, dieu que c'était bon. le tas de kundera posé sous le grand chêne, des brins d'herbe qui dansent dans des cheveux qui sentent encore la mer, les pages tournent comme des vieilles dames qui se promènent et la voix lactée attend que pontevin se décide à briser le silence. mais cela n'appartient qu'aux timides. on abandonnait tout le temps de quelques heures, descendre vers la plage quand le soleil se meurt, quand la foule s'en va mettre en scène sa fadeur ailleurs. le bitume brûlant sous nos pieds, on passait sous le tunnel en pierre taillée et nos murmures résonnaient comme un secret éventé. de loin on entendait à table la marmaille, alors on se laissait porter par les soupirs. et puis ces nuits d'été allongés sur le sol encore chaud, à regarder le ciel en faisant mine d'avoir vu une étoile filante. on faisait toujours le même voeu qui ne se réalisait jamais. on s'en foutait. tout ce qui comptait alors, c'est qu'on était vivants.

c'était avant qu'une porte ne claque et ne laisse s'immiscer le silence.

lundi

28.




j'étais censée rapporter ici un bout de feuille parsemée d'ignominies désastreuses que d. a pondues en cours de philo, il y a quelques temps. le sombre récit d'un ouvrier turque capable de se gratter le cul tandis qu'il répare un rideau métallique au marteau. étant donné que ça se finissait par dragosta din teï, j'ai préféré vous l'épargner.

l'intéressé qui lit ces quelques phrases, je te prie de ne pas hurler " tu es el diablo ".

la seule envie qui me taraude serait un brin de soleil, le square du vert galant, les pieds dans la seine, le nez au bord de l'eau, et luchini qui lit près de moi fragments d'un discours amoureux.

hormis ça, le vide.
et puis l'oubli, à la dérobée.




mardi

27.




laznovsky, le mensonge.


L'INGENIEUR : Pourquoi tu fais ça ?
CATHERINE : Quoi ?
L'INGENIEUR : Pourquoi vis-tu comme ça ? Pourquoi erres-tu d'un homme seul à un autre ?
CATHERINE : Chacun vit comme il peut !
L'INGENIEUR : Tout ce que tu m'as raconté sur toi n'était donc que mensonge ?
CATHERINE : La vérité ne m'amuse pas.



je suis usée jusqu'à la corde il n'y a plus rien à en tirer tout juste un semblant de sourire faussé par un rictus persistant ahah si seulement tous ces pauvres cons étaient moins sots moins aveuglés par le train-train si seulement tous ces veaux étaient capables de s'échapper prestement des banalités sans fin qu'ils bavent à longueur de temps ils ne se rendent pas même compte qu'un jour ils vont mourir plus ou moins piètrement mais ils mourront et ils ne le savent pas encore alors je les regarde avec un drôle d'air la bouche en coin et ça les fait rire et ils continuent à marcher en riant et pendant ce temps je fais des ricochets je voudrais sortir de ma vie tout doucement comme on ouvre sa porte pour aller prendre un café dans la rue d'à côté mais je fais semblant de m'en foutre royalement mais en fin de compte tout cela pue la mascarade à plein nez c'est fou la bêtise humaine à quel point ça peut me faire hurler de rire j'écoute brel très fort et puis un jour ça passera avec un peu de chance ce sera même demain

lundi

26.



c'est un peu comme si le tiroir à souvenirs se perçait tout à coup.



anna : merde. ça fait 4 jours que j'ai pas nourri les chats. tu crois qu'ils sont morts ?

prof : bon alors, dites moi d'où viennent les chips vico.
moi : de vaux le vicomte !
la classe : t'es sérieuse là ?

prof : merci mohammed de nous faire tant rire. même si c'est par l'intermédiaire de votre travail.

anna : il a passé six jours en créolie.

anna : isis quand elle rigole elle sort ses fesses. non mais arrête là, y a le papa.
isis : mais non il est parti.
anna : noooon. il est caché derrière le canapé. il va surgiiiir.

anna : oooh. que c'est haut.
isis : hé. si vous sautez, moi, je saute juste après vous.
anna et moi : bah pas nous.

camille : parce qu'au G8...
moi : ...ève angeli ?

alexandre : je peux rester ?
anna : bah ouais, le balcon il est ouvert à tous tu sais.
moi : donc, je disais, les menottes, c'est un truc à tester.
alexandre : bon, je vais partir en fait.

anna : quand il dit monnaie j'entends mohammed.

prof : discover.. discover.. comment on dit discover en français ?

anna : c'est le vincent cassel du pauvre.

prof : david, vous ferez votre exposé sur Porto Allegre.
moi : AHAHAH. pas d'bol.
prof : hé bien marion, vous allez l'aider. la même chose.

prof : non mais attendez, lovexxx, ça fait trop bonjour magaliiiiie je t'aime biiien t'es ma copiiine.

prof : je suis tombé sur un taré une fois. il collait les spaghettis au plafond pour voir s'ils étaient cuits.
anna : merde. moi aussi j'le fais...

david : quand on l'aura, on se mettra devant 1400 personnes et on criera ON VOUS A EU.
mohammed : AHAHAH, ce mec il est fou, il est fou, il est fou.

isis : euh.. excusez moi.
prof : bah isis, vous êtes en retard.
isis : j'ai déraillé.

anna : tu crois que les mouches elles migrent ?

isis : c'est comme le ça-j'l'ai-mis.
moi : y a un sage qui s'appelait lémi ?

prof : il faut jamais désespérer. regardez, pour mon concours, je me suis trompé de rer, j'ai tiré la sonnette d'alarme en pleine gare de triage, je me suis écorché la jambe sur des fils barbelés, j'ai atterri dans un champ à quarante-cinq minutes du lieu de l'examen, une grand-mère m'a pris en auto-stop, et j'ai eu 20 à mon épreuve de culture gé.

isis : à cours galien on est prépa sciences-po, à cours galien on est prépa sciences-po. on rit, on boit, on baise les ipésup, on rit, on boit, on baise les ipésup.

prof : david vous le faites pour le 20.
anna : et anna ?
moi : meuf mais tu te prends pour alain delon ou quoi.


isis qui chante la traviata. le rire de prépubère de mohammed. la russie version stéphane bern. les revues de presse en forme de carambar. les mains pleines de camboui d'isis. chercher du cul dans tous les propos du prof. le sourire en coin de mr b. les pâtes aux truffes à cinq heures du matin sur le canapé d'isis. le secrétaire sexy ou comment-chercher-à-faire-des-photocopies-pour-du-vent. la communication en concours blanc. isis et les chansons paillardes. les suicides fictifs de david. les histoires abracadabrantesques de mr f. l'archouma, j'vais te hagal, les floutiflustignous-j'sais-pas-quoi-d'isis. bozo qui lèche les doigts d'anna. la tête de borat de david. l'overdose de paul. le café avant la première épreuve, et notre désespoir hilare. la mal-baisée. le trou dans les fesses de corentin. la vue du balcon sur le boulevard saint germain et nos rires qui vont avec. le pont des arts et nous onze dessus. on est tous le david de quelqu'un.

samedi

25.



le visage fatigué à force de s'émousser contre l'oreiller. ça sent encore la nuit, et je relis quelques bribes de passé qui jaunissent au fond d'un tiroir. des mots dont on lit sans peine la bêtise vainement dissimulée, l'hypocrite mouvement qui cherche à vivre une sensation construite sur des bouts de bois chancelants. ahah, pauvre râclure. pauvre, pauvre petite enfant qui fait semblant. tu me fais peine, je verserai presque des larmes si seulement il m'en restait un peu pour quelque chose d'aussi insipide que ta vie en carton pâte. c'est moi qu'il emmènera. ces visages émaciés, ces instants saisis au vol, l'odeur de l'oisiveté, la vie qui coule tranquillement entre les doigts, si tranquillement qu'on peut la regarder sans en avoir peur. ici, j'ai peur. et tout ça est à moi. il n'y a pas à tergiverser là-dessus. si je ne suis pas certaine de faire de grandes choses, je sais pertinemment que tu n'en feras aucune. et que c'est lui qui m'emmènera, et que c'est moi qu'il emmènera, et qu'un jour dans une rue dans la nuit sans autre lumière qu'un regard je hurlerai dans un fabuleux frisson, tu vois, tu vois, tu vois. je savourerai l'instant comme on savoure la dernière minute.

mardi

24.


L'ennui.


ça vous engourdit sans y prendre garde. on pense à peine au reste, puisqu'on se croit heureux. voilà le problème du bonheur. et ça vous prend comme ça. un jour, vous vous rendez compte que vous passez votre temps à monter des escaliers, à faire attention à des horaires, à rester assis sur une chaise. regardant sans cesse le temps filer sur votre montre, filer à en perdre haleine pour votre plus grand bonheur. quand est-ce-que se termine le prochain cours ? combien de pages avant la fin de ce livre ? combien de temps avant de m'assoupir entre ses bras ? et quand vas-tu enfin fermer ta gueule ?

des questions, des attentes, des réponses insipides et des désirs inassouvis.

alors on se met à jouer avec tout ce qui passe à portée de souffle. on jongle avec les sentiments, on les modèle à notre guise, on peint des expressions pour le plaisir d'un public aussi morne qu'une vieille polonaise repue de ragoût. et le théâtre retentit d'applaudissements qui n'ont pas lieu d'être. ils ne saisissent en rien le poétique du jeu. prenant tout au pied de la lettre, applaudissant par pure fadeur d'esprit, ils se vexent en découvrant que tout ceci n'était que mascarade.

et tenter de sortir de cette affreuse torpeur.

mais oui, du bouleversant. SURPRENEZ-MOI, que diable. pauvres veaux. vous ne ressentez rien, c'est à pleurer. oublions-donc ce qui vient d'être murmuré, et retournons nous étouffer de ces foutaises huileuses si chères à votre coeur.

l'oubli viendra peut-être.