
je m'appelle Marion. j'aime ni la ponctuation, ni les majuscules. je n'arrive pas à me lever après dix heures du matin et je n'peux pas m'endormir sans lumière. je souris beaucoup, des fois pour de faux. je veux un chat mais pas d'enfants. je préfère les vieux, à cause des histoires qu'ils racontent et qu'ils répètent quinze fois parce qu'ils croient qu'ils ne les ont pas encore racontées. je n'sais pas faire cuire des pâtes, et je tue les plantes vertes. sans le faire exprès. même le cactus de mes huit ans n'a pas survécu. j'ai peur du noir, des fautes d'orthographe, de l'odeur des crêpes tôt le matin, et de l'imprévisible. je peux prévoir les paroles de ma mère, surtout quand elle m'engueule. je regarde des séries débiles, genre grey's anatomy. je déculpabilise en zappant sur cdansl'air. je lis marianne parce que ça m'fait rire, et cosmo pour le second degré. j'aime prendre le train et le métro, parce que je peux inventer la vie des gens assis autour de moi. les livres, c'est mon échappatoire. je n'lis que des gens morts, parce que les vivants, bonjour l'insipide. j'entrepose du sartre, prévert, vian, bukowski, beauvoir, léautaud et autres kundera dans un meuble ikéa prévu à cet effet. les gens me disent, parle pas à ton chat, ça sert à rien. si ça sert, bande de cons, il comprend quand je lui dis " vomis pas dans l'armoire, abruti ". j'ai des tic, des toc, je sais pas trop en fait. dire le même mot avant de s'endormir, marcher sur le bord des lignes blanches, compter jusqu'à mille, repasser en boucle un passage d'un film ou d'une chanson, baisser les yeux quand je mens. des conneries comme ça. l'an prochain, je rentre en hypokhâgne. paraît-il que je pleurerai après la première khôlle de latin. y a un tas de choses qui m'énervent : les gens qui demandent " ça va ? " et qui n'écoutent pas la réponse, les dimanche pluvieux, les dimanche où t'as plus de cigarettes où tu veux aller au tabac et là tu te rends compte qu'on est dimanche, les dimanche tout court en fait, les gens qui ont des principes, les moralisateurs, les tièdes, les surprises, les attentes, les soupirs vides de sens, les rôles mal interprétés, la folie feinte. j'aime pas le téléphone. sauf si c'est quelqu'un de la liste qui appelle. la scène de film qui me fait rire aux éclats, c'est celle où vincent tue marwin, dans pulp fiction. je note des bribes des dialogues d'audiard, et je les range dans une boîte au dessus de mon bureau. j'ai douze carnets entamés, une nouvelle bouclée, et un projet frôlé. j'ai aimé deux fois et demie en dix sept ans. la demie fois, elle ne compte pas. je n'sais pas marcher avec des talons, et je n'arrive pas à admettre que je fais du 39. je n'me rends jamais compte de rien. des conneries quand elles sont faites, des instants quand ils se transforment en souvenirs, des rires quand ils s'éteignent, du beau temps quand il pleut. on dit que je ressemble à la gamine de zazie dans le métro. j'ai besoin de toucher mon existence du bout des doigts, sinon, elle semble inconsistante. c'est un vieux monsieur qui m'a appris ça.
c'est ainsi que le décor fut planté.