vendredi

23.


il était dix huit heures, de ces jours où la nuit tombe sans qu'on y prenne vraiment garde. j'étais sur le chemin du retour, les joues un peu glacées par le vent qui rôde à la tombée du jour. d'où je venais et où j'allais, il paraît que cela importe peu. à marcher sans but aucun, on finit par se poser des questions. ces questions qui nous font faire avec nous-même des paris vides de sens.
si j'arrive au bout de la rue avant de compter jusqu'à dix, alors.

si je fais encore cent vingt quatre pas sans entendre mon talon crisser sur le sol, alors.

si jamais le feu clignote encore, alors.
je n'ai pas été chercher si loin. il n'y avait que moi sur cette longue avenue, rien que le bruit de mes pas sur le sol détrempé. alors j'ai juste parié : s'il se passe quelque chose, à l'instant, alors. à peine avais-je fini ma phrase qu'un gamin sort d'une ruelle en chantant.
j'aime la galette, savez-vous comment ? quand elle est bien faite, avec du beurre dedans.
lalalalala
il a trottiné un moment devant moi, continuant à chanter comme si de rien n'était. il a tourné dans la ruelle suivante et il a disparu.
j'ai levé les yeux au ciel et j'ai dit " d'accord ".

jeudi

22.







- pourrais tu faire quelque chose pour moi ?
- je ferai n'importe quoi pour toi.
- veux tu, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît,
te taire ?
- mais je ne veux pas que tu le fasses, ça m'est complètement égal.
- je vais crier, dit la jeune fille.


hemingway.



mercredi

21.






foutaises. jean-pierre jeunet.


oh j'aime pas les étalages des boucheries. non moi c'que j'aime c'est. j'sais pas. ah si tiens par exemple, un truc que j'aime : ouvrir un livre plusieurs mois après les vacances et puis r'trouver du sable entre les pages. ouais. et puis j'aime bien. faire une seule bouchée des jaunes d'oeuf sur l'plat. manger l'jambon à même le papier. croquer les oreilles des p'tits beurres. j'aime r'monter mes chaussettes, et pisser sous la douche. par contre j'aime pas m'arracher les poils du nez. tiens une chose que j'aime : l'innocence des mômes. j'aime pas faire l'amour avec une femme et penser à c'qu'il y a à l'intérieur. j'aime le catalogue de manufrance, les catastrophes illustrées des vieux larousse. les mots : trans-europe-express. trans-orient-express. trans-siberia-express. j'aime bien le graffiti du bout de ma rue. mais j'aime pas la collection de mon cousin qui habite à gueunion (rognures d'ongle et touffes de cheveux, poussière de barbe, appendices et flacons de larmes). j'aime bien être témoin d'une scène tellement énorme qu'on n'oserait même pas la mettre dans un film. j'aime le bois de boulogne les jours fériés. j'aime bien le chien de m'amselle mauricette. ah ouais : j'aime bien les trains qui s'côtoient, aux approches des gares. mais j'aime pas laisser un p'tit pois tout seul dans mon assiette. j'aime pas les barbus sans moustache. j'aime pas l'idée qu'on dort un tiers de sa vie mais j'aime bien l'idée qu'après la mort, ça sera pas pire qu'avant la naissance. j'aime : bibi fricotin, razibu zouzou, et le p'tit cérébos. j'aime le rire de richard willmark. et pis thierry la fronde est un imbécile, il a une fronde en matière plastique, il l'a achetée à prisunic à cent balles. j'aime pas. la goutte d'eau qui r'monte. j'aime mon chien quand il s'ébroue. mais pas quand il vient me réveiller en collant sa truffe froide sur ma joue. quand j'étais gosse j'aimais l'odeur du pain grillé le matin, du plastique à r'couvrir les livres à la rentrée, et puis le p'tits pots de colle blanche, à l'école. j'aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée. mais j'aimais pas et j'aime toujours pas : les cadavres des sapins de noël sur les trottoirs en janvier. j'aime : les départs en vacances. tu sais c'qu'on a acheté avec les copains pour le casse-croûte à dix heures ? trois baguettes, deux camemberts, et trois p'tites côtes du rhône. vingt trois francs chacun ça nous a coûté. bah oui, c'est pas tous les jours les vacances. j'aime bien allumer la radio et tomber sur la chanson que j'avais justement envie d'écouter. mais j'aime pas la fin des émissions à la télé, surtout quand j'ai pas sommeil. par contre, quand je sors la nuit, j'aime bien tourner la tête, et voir la tour eiffel qui s'éteint. et pour finir, quand je vais au cinéma voir un film, j'aime bien quand arrive le mot :






FIN