vendredi

23.


il était dix huit heures, de ces jours où la nuit tombe sans qu'on y prenne vraiment garde. j'étais sur le chemin du retour, les joues un peu glacées par le vent qui rôde à la tombée du jour. d'où je venais et où j'allais, il paraît que cela importe peu. à marcher sans but aucun, on finit par se poser des questions. ces questions qui nous font faire avec nous-même des paris vides de sens.
si j'arrive au bout de la rue avant de compter jusqu'à dix, alors.

si je fais encore cent vingt quatre pas sans entendre mon talon crisser sur le sol, alors.

si jamais le feu clignote encore, alors.
je n'ai pas été chercher si loin. il n'y avait que moi sur cette longue avenue, rien que le bruit de mes pas sur le sol détrempé. alors j'ai juste parié : s'il se passe quelque chose, à l'instant, alors. à peine avais-je fini ma phrase qu'un gamin sort d'une ruelle en chantant.
j'aime la galette, savez-vous comment ? quand elle est bien faite, avec du beurre dedans.
lalalalala
il a trottiné un moment devant moi, continuant à chanter comme si de rien n'était. il a tourné dans la ruelle suivante et il a disparu.
j'ai levé les yeux au ciel et j'ai dit " d'accord ".

jeudi

22.







- pourrais tu faire quelque chose pour moi ?
- je ferai n'importe quoi pour toi.
- veux tu, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît,
te taire ?
- mais je ne veux pas que tu le fasses, ça m'est complètement égal.
- je vais crier, dit la jeune fille.


hemingway.



mercredi

21.






foutaises. jean-pierre jeunet.


oh j'aime pas les étalages des boucheries. non moi c'que j'aime c'est. j'sais pas. ah si tiens par exemple, un truc que j'aime : ouvrir un livre plusieurs mois après les vacances et puis r'trouver du sable entre les pages. ouais. et puis j'aime bien. faire une seule bouchée des jaunes d'oeuf sur l'plat. manger l'jambon à même le papier. croquer les oreilles des p'tits beurres. j'aime r'monter mes chaussettes, et pisser sous la douche. par contre j'aime pas m'arracher les poils du nez. tiens une chose que j'aime : l'innocence des mômes. j'aime pas faire l'amour avec une femme et penser à c'qu'il y a à l'intérieur. j'aime le catalogue de manufrance, les catastrophes illustrées des vieux larousse. les mots : trans-europe-express. trans-orient-express. trans-siberia-express. j'aime bien le graffiti du bout de ma rue. mais j'aime pas la collection de mon cousin qui habite à gueunion (rognures d'ongle et touffes de cheveux, poussière de barbe, appendices et flacons de larmes). j'aime bien être témoin d'une scène tellement énorme qu'on n'oserait même pas la mettre dans un film. j'aime le bois de boulogne les jours fériés. j'aime bien le chien de m'amselle mauricette. ah ouais : j'aime bien les trains qui s'côtoient, aux approches des gares. mais j'aime pas laisser un p'tit pois tout seul dans mon assiette. j'aime pas les barbus sans moustache. j'aime pas l'idée qu'on dort un tiers de sa vie mais j'aime bien l'idée qu'après la mort, ça sera pas pire qu'avant la naissance. j'aime : bibi fricotin, razibu zouzou, et le p'tit cérébos. j'aime le rire de richard willmark. et pis thierry la fronde est un imbécile, il a une fronde en matière plastique, il l'a achetée à prisunic à cent balles. j'aime pas. la goutte d'eau qui r'monte. j'aime mon chien quand il s'ébroue. mais pas quand il vient me réveiller en collant sa truffe froide sur ma joue. quand j'étais gosse j'aimais l'odeur du pain grillé le matin, du plastique à r'couvrir les livres à la rentrée, et puis le p'tits pots de colle blanche, à l'école. j'aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée. mais j'aimais pas et j'aime toujours pas : les cadavres des sapins de noël sur les trottoirs en janvier. j'aime : les départs en vacances. tu sais c'qu'on a acheté avec les copains pour le casse-croûte à dix heures ? trois baguettes, deux camemberts, et trois p'tites côtes du rhône. vingt trois francs chacun ça nous a coûté. bah oui, c'est pas tous les jours les vacances. j'aime bien allumer la radio et tomber sur la chanson que j'avais justement envie d'écouter. mais j'aime pas la fin des émissions à la télé, surtout quand j'ai pas sommeil. par contre, quand je sors la nuit, j'aime bien tourner la tête, et voir la tour eiffel qui s'éteint. et pour finir, quand je vais au cinéma voir un film, j'aime bien quand arrive le mot :






FIN

dimanche

20.



- tu te souviens, c'que tu m'as dit, la dernière fois ?
- oui.
- alors qu'est c'que t'attends ?
- un coup de vent.




continuer notre histoire pleine de bruit et de fureur. je martèle ça tout bas, au rythme de mes pas sur le sol détrempé. continuer. notre histoire. pleine de bruit. et de fureur. j'ai pas peur, j'ai juste froid. il faudrait ne rien avoir à perdre. et lancer à pleine vitesse des voitures dans la mer, savoir marcher sur les arêtes des trottoirs sans perdre l'équilibre, ne plus donner un sens à chaque chose, vivre à en avoir la tête qui tourne et le souffle court. on souffle et tout ces mots s'envolent, on croit qu'on est d'aplomb et on vacille sans cesse. tout ça, finalement, c'est du cinéma. godard disait que le cinéma fabrique des souvenirs.
d'ailleurs, en voilà un. c'est beau. tellement plus beau que toutes ces voix qui s'entremêlent à qui mieux-mieux, rêches, acerbes, grandiloquentes et risibles, qui paraissent vides de sens à côté des deux phrases apposées de ce pauvre souvenir qui vivote à peine. c'est la voix d'anna karina qui rebondit sans relâche sur l'eau.



qu'est ce que j'peux faire. j'sais pas quoi faire.

vendredi

19.




le Beau.

c'est ce qui est commun à toutes les choses belles, ce qui fait qu'elles sont belles. voilà l'idée. l'idée du Beau. si on me demandait de définir le Beau, je dirais. je dirais cela.



le Beau, c'est la nuit qui tombe sur le pont des arts, c'est courir à en perdre haleine à une heure du matin sur une avenue interminable, et rire à en faire frémir les pavés, c'est boire sur le champ de mars avec deux milles personnes et tout à coup la tour eiffel scintille, et un fabuleux soupir d'étonnement s'élève de la foule, c'est s'arrêter en pleine forêt, les fougères qui craquent dans le froid, la fumée des cigarettes et les souffles qui se confondent, et son sourire, c'est courir sur une plage en plein mois de novembre, c'est passer des soirées assis à quinze dans une pièce à discuter de tout et de rien, c'est passer une nuit dans une chambre d'hôtel à athènes, avec des gens innatendus, à mélanger toutes les langues possibles et imaginables pour tenter de saisir l'instant en plein vol, c'est être assis sur un trottoir romain à trois heures du matin à songer à la soirée qui vient de se dérouler, c'est pleurer dans le métro du mélange d'une note et d'une phrase d'un bouquin, c'est être allongée sur la grand' place de bruxelles, la tête sur des pavés mal agencés, à regarder les nuages se faire et se défaire, c'est, en ne faisant que regarder une personne particulière, ressentir à en crever, c'est un train qui s'en va sans remplir une attente, c'est jouer les filles de l'air et arriver frigorifiée en pleine nuit pour partager une couette à peine assez chaude pour deux, c'est un balcon et trois filles à une heure du matin, le boulevard saint germain et nos rires qui résonnent à en réveiller tout Paris.

c'est rire de ses erreurs de jeunesse, de ces monumentales conneries qu'on ne doit jamais regretter.



je ne suis capable que d'une chose. émettre des opinions. l'Idée est bien trop objective à mon goût.
c'est pourquoi, selon Mme F., je ne fais que remuer du vent et mettre en scène ma névrose.







jeudi

18.






parce que lee tahigofe pl ppt tonnt en t9 abc.

vendredi

17.




le je ne sais quoi.


il est dans un regard, dans le coin d'une bouche qui se relève en tremblant. il est dans la mélodie d'un rire, dans la façon dont parfois certains gestes modèlent l'air inconsciemment.
elle est là, sur son estrade, voix magistrale et propos majestueux, semblant porter la littérature à bout de bras, et la monture de ses lunettes qui vacille doucement. elle dit que le je ne sais quoi à sa place dans la confiance classique, et que selon tout un tas de gusses plus ou moins crédibles, avec un peu de méthode et de patience, tout est réductible au discours.
je n'aime pas ce genre de phrase toute faite. on introduit part tout, on place être au bon moment, puis un joli complément un tant soit peu cohérent. j'ai envie de crier. à descartes qu'il n'y a pas que la méthode, à kant qu'il se fait une idée du monde foutrement erronée, à rousseau qu'il débite un tas de conneries sur le comédien, à agamben que c'est beaucoup de bruit pour rien. les gens sont cons, alors ils diront que je ne suis qu'une pauvre gamine imbue d'elle-même, qui dénigre des génies d'une telle ampleur, aucun ne trouvant grâce à ses yeux. foutaises. à quoi bon citer tous ceux qui me font frémir ? cela n'avance à rien. il n'y a rien de plus creux qu'une liste de noms.
elle dit que le je ne sais quoi est poétique. comment peut-on se glorifier de qualifier le je ne sais quoi puisque son essence-même le veut irréductible au discours ? elle théorise et tout cela me fait songer à une superbe farce.
je pourrais presque en rire. presque. si cela ne me tenait pas tant à coeur, si je ne passais pas des heures assise devant cette photo, à vainement tenter de définir le je ne sais quoi. ce n'est pas en théorisant et en alignant les propos pompeux qu'on peut y parvenir, mais en ressentant, quoi qu'on en dise.


je pourrais presque en rire, si toucher du doigt le je ne sais quoi n'était pas si éreintant.

mercredi

16.




EST CE QUE TU AS DES POILS ?




Rome. savoir goûter à l'instant présent sans se soucier de celui d'après. qu'importe les cernes qui creusent nos visages, tant qu'on garde en mémoire ces rires qui s'élancent dans la nuit romaine, chancelant entre les pavés mouillés par la pluie d'automne, titubant hilares au milieu des immeubles aux couleurs poudrées.






la rubrique on pose le décor :






mathou et sa manie des glaçons.









léa et son déhanché à la fatal bazooka.











lola et son rire inimitable.








marine et son potentiel connerie.




moi et ma façon de faire ma bouche sur les photos.






la rubrique mascotte :


















la rubrique en mode kosovardes :








la rubrique statue :














la rubrique Cuccagna :
















Le carnet :




Marine - y a un bruit qui sort de la poubelle.
Moi - mais oui, ça vient de la poubelle.
Lola - les filles, levez la tête, y a un écran.



Marine - Loulou est aux anges.



Loulou (à moi) - mademoiselle, faudrait peut-être appeler l'ascenceur si vous voulez qu'il vienne.




Marine - oh, les chambres elles sont tendues !
Alexandra - euh, ça c'est une buanderie, Marine.



Moi - c'est ghetto.
Marine - in-the-ghettooooo.



Marine - on doit passer tous en même temps dans le tourniquet ?



Marine - je te défie de soulever une colonne Marion !



Lola - tu m'étonnes...
Moi - peyton ?



Marine - gesticules tes doigts de pied.



Lola - on y va ou on fait caca ?



Moi (dans les catacombes) - ça sent la betterave.



Moi - elle pousse plus ta mèche.
Lola - normal, je l'ai lissée comme une porc.



Marine - c'est pas comme si j'avais pas une chatte, hein.



Mathou - en même temps on est à Rome, c'est normal qu'on boive du rhum.



Lola - j'ai l'impression d'être chimique avec ce dentifrice parce qu'il est vert fluo.
Moi - boloss.
Marine - t'as essayé de parler, Marion ?



Moi (après un bruit dans les toilettes) - boloss, me dit pas que tu t'es enfermée ?
Marine - JE FAIS CACA, TU VEUX PEUT-ÊTRE VENIR ?



Moi - ce soir Marine tu pousses, je m'en fous tu défonces la cuvette, mais tu pousses.



Marine - aimer les chats, ça veut tout dire.



La guide - et ça cé oune pomme dé pin.
Lola - alors il était peut-être garde forestier.



Mathou - madame, mais il s'en va le car.
Mme R. - bah oui, bien sûr !
Mathou - MAIS Y A MON MANTEAU A L'INTERIEUR !
Mme R. - mais non Mathilde, il part pas, vous croyez pas qu'on va faire soixante kilomètres à pied.



Nounou - je suis enchantée par ces oliviers.



Marine - vas-y j'l'ai pas sur moi là... j'voulais manger le p'tit pain... le truc de la croix rouge là.



Léa - tu crois que ces marches sont d'époque ?
Léa - oh, y a une pile d'époque.



Moi - les noich, ils sont trop pas marrants.
Léa - boh, j'aime bien manger chinois moi.



Mathou - moi je trouve que descendre les escaliers, ça détend, ça fait faire des nouveaux mouvements aux pieds.



Lola - bah, il est renoi Jésus.



Mathou - trouve ton pet intérieur.



Léa - lendemain de fête... caca qui fouette !



Moi - le mieux dans les cacas, c'est la crotte fantôme.



Moi - demain, on va au tican.



A. - je suis allé faire une promenade.



Marine - je suis pas si j'peux m'gratter au milieu de tous ces tableaux.



Moi - on a une chatte mo-nu-men-tale !
Mathou - comme Rome !



Nous - elle me rend dingue dingue dingue dingue quand elle a son boum boum short.
Mathou - c'est qui qui chante ça ? Nuttea Bi, non ?



Léa (à moi, assises à la terrasse d'un café) - t'as pété !
Moi - mais chut, chut.



Mathou (parlant du pape) - il marchait, avec sa petite kippa.



Marine - l'autre jour, j'me disais : y a tellement de visages différents, quand même.



Marine (ôtant une de ses peaux mortes) - est ce que quelqu'un a faim ?



Marine - j'ai oublié mon ipod.
Moi - t'as les seins qui collent ?



Moi - ils parlent quelle langue ?
Mathou - la langue des cons.



Moi - est ce que t'es encore faite ?
Amélie - caca ?



Mario - you have such a good ass.



Mathou - Claudio, i love your ass.



Nous - putain, il est vraiment trop beau. avec sa combi qui lui moule le cul.
Léa - et son vieux slip de merde.



Amélie - Farah elle a perdu sa carte de séjour... c'est comme moi une fois j'ai perdu ma carte de cantine et on me l'a mise dans ma boîte aux lettres.



Moi - Marine avec son parapluie tout pourri c'est un aimant à paki.



Marine - elles ont pris trop cher les Geox d'A.



un garçon court après des pigeons.
Lola - Marion, il fait peur à ta famille.
Moi - oh tu saoules. moi quand on a vu un rat, je t'ai pas dit fais attention y a ta famille.
Lola - c'est normal je suis pas un rat, je suis une souris.
Moi - bon bah, à tes cousins.



Moi - j'ai une idée...
Lola - non Marion, on ne fait pas de la luge.
Moi - oh... j'ai une autre idée.
Lola - non Marion, on ne vole pas le bus.
Moi - oh tu saoules.



Moi - Marine, tu fais quoi là ?
Marine - je te fais profiter de mon haleiiiiiine.
Moi - ah tu fouettes !



Marine (sur la place, seule, devant l'église) - muchaaaaa jolaaaaandaaaa.



Mathou - mais on est dans un vrai lieu là ?
Nous - hein ?
Mathou - enfin j'veux dire, on a trouvé les fresques ici ?
Léa - oui oui, je pense même qu'elles étaient déjà sur les murs.



Moi - oh y a un film qui s'appelle je te bourre le rectum. ah, non. c'est the bourne ultimatum.



assises comme des loques sur un canapé en cuir dans un musée de fresques du premier siècle.
Moi - on est un peu comme une animation : t'appuies sur un bouton on pète, sur une pédale on rote. on sait tout faire.



Moi - il est frais ton candy'up ?
Léa - bah ouais, y a un congélateur dans mon sac.



Moi - Donatello, un vrai gentleman.
Lola - c'est surtout qu'il voulait nous baiser.


Léa (à Mathou) - avec tes vieux pieds comme des pitch, là.

mardi

15.





je n'y avais pas même songé depuis plusieurs mois, et le souvenir a refait surface. comme une vieille photo jaunie retrouvée par hasard.
j'ai tenté de me remémorer son visage, de retrouver quelque part son odeur, de saisir son rire à nouveau. ne percent ça et là que l'esquisse d'un regard et le coin d'une bouche.
j'ai relu les messages qui croupissaient au fond de ma boîte de réception. quelque chose comme des belles phrases remplies de l'angoisse de l'oubli. des je t'embrasse joliment emberlificotés, quelques foutaises sur l'attente et une grande mascarade de l'impatience. c'est là que je me suis mise à rire, quand s'est affiché le " promets que tu ne m'oublieras pas ".
il était deux heures du matin, l'appartement grinçait dans son sommeil, et de cette histoire il ne reste qu'un pauvre goût âcre au fond de la bouche. le sentiment d'avoir cédé à une passion fortuite. j'entends son pauvre ego repu ricaner à trois cents kilomètres, et je ris moi aussi.
dans cette course au bonheur, je ne sens même plus le goût de ta bouche sur la mienne. je l'ai laissé mourir sous un autre, auquel j'ai plaisir à m'abandonner.

dimanche

14.






non.
c'est pas le hasard.
le hasard, c'est pour les gens qui se croisent.
nous, on s'est rencontrés.


Simon, le dernier gang.

vendredi

13.






la liste :


- faire ma valise pour rome.


- prendre un bain chaud.


- dormir plus de six heures d'affilée.


- prendre un verre avec les gens de galien.


- rentrer chez lola à cinq heures du mat' en taco.


- faire le tour des friperies avec anna et isis.


- partir en week-end à londres avec les souvlaki's.


- vivre en autarcie pendant deux jours dans les bras d'étienne.


- m'asseoir devant notre-dame pour songer à l'ampleur de ce que peut entreprendre l'humanité à la gloire du vent.


- passer devant la bpi et ne pas y entrer.


- faire un bal costumé chez pascal.


- prendre un café au père tranquille, avec un sartre et feist qui chante.


- faire une de ces soirées t.c. dont on a le secret.


- apprendre à écrire à mon frère de onze ans qui ne sait pas orthographier "encore" correctement.


- faire une soirée star ac' et regarder les cours de tecktonic en option.


- poster la lettre à la rédaction de marianne.


- faire un tour sur les bords de seine, derrière arthur, à dos de vespa.


- m'accroupir à la pointe du square du vert-galant, les pieds dans l'eau, et soupirer un grand coup.


- aller porte des lilas, trouver l'appartement, m'asseoir sur un banc, et noircir du papier en souvenir de ses yeux.


- et, me lover dans un fauteuil pour regarder des films d'audiard, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

mardi

12.

y a des gens, ils me font rire. à m'en rompre les zygomatiques. quand ils finissent par devenir plus pitoyables qu'hilarants, quand je commence à m'demander à quoi bon les écouter me débiter leurs monstrueuses conneries vides de sens et d'intérêt, je n'ai qu'une chose à faire pour retrouver le sourire.

une chose, elles.



































MON CREW. la t.c.














































MES SOUV'. les souvlaki's, le seul groupe où on joue du briquet et de la brosse à cheveux.

11.


la coquette.


elle vit dans le lieu commun.

laissez votre regard s'attarder sur cette cascade de cheveux qui poussent comme des lianes sur cette tête faussement ingénue. la coquette les chérit indiciblement : elle les touche sans arrêt, semblant vainement vouloir donner vie à cette masse, finalement constituée de pauvres poils lassés d'un tel dérangement. elle tente de leur conférer des formes et des odeurs censées réhausser la fadeur de son visage, mais ne parvenant qu'à évoquer une nature morte ratée.

prêtez d'ailleurs quelques instants attention à son visage, et vous partirez dans un fabuleux éclat de rire. traversé de mimiques, de manies, et de pauvres rictus qui rendent hilare son vis-à-vis, le visage de la coquette est un paysage.
un paysage de niaiserie.

cette mièvrerie insupportable, elle s'évertue à la baver dans un perpétuel sourire. pauvre sourire usé par le néant qui lui fait face, las d'exister sans but aucun. las de sourire à tout pour finalement ne plus sourire à rien. la coquette est ainsi, elle arbore un sourire à pleurer d'ennui, tant il transpire la connerie.

allez donc savoir pourquoi froncer le sourcil, singer la moue boudeuse, multiplier les clins d'oeil et lever bien haut le menton. peut-être pour attirer l'attention. car la coquette, bien que pétrifiante de bêtise, est un animal à plaindre. cherchant à tout prix à concentrer les regards, elle utilise sans peur du ridicule aucune toute la palette de moyens que la connerie contient.

et vacillant ainsi, finit par s'écraser dans un fracas fabuleux au fond du gouffre du pitoyable.

lundi

10.







fragments du discours amoureux.

l'amitié mondaine est épidémique : tout le monde s'attrape, comme une maladie.




il est dix heures du matin. entre deux poteaux usés, un vieil homme à la barbe emmêlée porte une bouteille de whisky à sa bouche. il a le visage buriné par la rue. il s'essuie les lèvres d'un revers de la main, laissant ça et là quelques gouttes échappées du goulot. je m'arrête quelques secondes, l'écoutant babiller avec le vent, tentant vainement de percevoir la folie à travers les mots. l'asphalte était maculé de pas à jamais perdus, et la seule chose à laquelle je songeais c'était à la photo qu'il aurait prit de ce vieil homme. j'ai monté le volume de la chanson jusqu'à ne plus entendre ma propre respiration, histoire de ne pas porter attention au soupir qui venait de sortir de ma bouche.


mercredi

9.





faux pas, elle trébuche.



il paraît que les présentoirs des librairies, c'est un peu l'air du temps. il paraît que lascaux, c'est l'homme préhistorique qui nous tend la main à travers la mort. il paraît que la salle de classe c'est le médiateur entre espace privé et espace public. il paraît qu'il faut mêler ouï-dire et expérience pour rester debout. il paraît que l'idée, si elle n'est pas large et profonde, n'est pas. il paraît que homère n'existait pas. il paraît que voltaire ne craignait pas la moindre concurrence féminine intellectuelle. il paraît que molière était cocu. et surtout, il paraît qu'on ne peut écrire sans penser. pas une petite pensée futile, plate et si légère qu'elle virevolte. une pensée claire, débarassée de toute fioriture, fanfreluche, foutaise.

je n'ai jamais écrit. jamais rien. j'ai posé des touches de sentiments, d'impressions et d'images, comme on pose des baisers sur la peau. maintenant, j'apprends. à écrire, à penser, à lire. on trébuche, on s'écorche, on s'éreinte. on se dit à quoi bon, que ça ne rime à rien. et puis une phrase, un regard, à peine un murmure. et on se relève.



- et après ?

- après on rêve d'avant.

dimanche

8.


OUAIS GROSSE



mercredi soir, on clôt l'épisode.



qu'importe ce qui adviendra du lendemain, il faut penser au moment où on sortira de la salle, où on déposera cette foutue copie sur un tas de copies semblables dont seules deux seront dans le bon paquet. parce que, oui, lecteur, il y a des bons et des mauvais paquets. oui, c'est ta faute si ton correcteur que tu n'as pas choisi il est de mauvais poil et que t'as complètement oublié qu'en anglais, les chiffres ils ont des barres en moins. cette notion paraît, expliquée de cette façon, très abstraite, mais demandez à mr f., il vous le fait avec des anecdotes c'est encore mieux. après cette digression sans aucun intérêt, on passera donc la porte grinçante pour se diriger vers la sortie du centre d'examen grisâtre, où on retrouvera les compagnons d'infortune, prendre un dernier verre ou plusieurs en jubilant intérieurement. puis, on sautera dans un rer miteux pour finir la semaine en beauté.



histoire de croire à un simulacre de vacances.








ps : anna, si t'es admise, la vidéo de toi qui te mange la table en tombant du rocking-chair ici.

7.




j'étais assise sur le siège en plastique froid, je lisais l'art du roman. la ritournelle, j'écoutais la ritournelle. un couple est arrivé, empêtrés dans un tas de paquets, malhabiles et grotesques. ils cherchaient deux sièges l'un à côté de l'autre. je me suis levée pour les laisser s'asseoir ensemble, en laissant une phrase en suspens, une note se perdre dans l'air moite de la station de métro. le jeune homme m'a regardé, il m'a murmuré un merci. j'ai repris la phrase que j'avais laissé en suspens : l'ingénieur a perdu sa patrie et tout l'auditoire rit. c'est à cet instant précis que la note explosa en vol. c'est à cet instant précis que je réalisais l'état de solitude à jamais inassouvie.

samedi

6.


il y a.


les secrétaires qui lisent des romans où l'étreinte est facile.
les quadras luisant de gomina.
les moutards qui hurlent.
les mères qui cherchent la compassion du regard car, de facto, leur moutard hurle.
les amis des bêtes qui font asseoir leur berger des pyrénées sur le strapontin.
les cons qui gardent leurs lunettes de soleil.
les chauves qui se nient bêtement.
les instables remplis de tocs hilarants.
les idiots qui cherchent à soutenir le regard.
les madame j'entre en ville qui se sont vues invitées hâtivement à manger à la closerie des lilas par leur amant.
les cadres sup' qui lorgnent les jeunes filles.
les prépubères qui aiment tellement 50cent qu'ils veulent en faire profiter tout le wagon.
les pressés qui ont un train à prendre.
les inclassables qui lisent des modes d'emploi d'aspirateur.
les grands-mères qui trotinent vers la porte avant que la sonnette ne retentisse.
les indécis qui attendront le prochain.
les étranges qui se baladent en short, la bedaine prenant l'air et saluant la foule.
les cons qui font claquer le strapontin quand ils se lèvent.



et puis, il y a ceux qui font des listes.











mercredi

5.







- merde, j'ai oublié un truc.

- ah ouais, quoi ?

- mes chaussures.



sauter dans un rer direction paris. faire des tarots en terrasse. enchaîner les cafés. prendre le métro surchauffé. les écouter s'marrer. entendre quinze fois par jour on fait quoi ce soir ?. élire domicile à la tour d'argence. pouvoir regarder malcolm. kiffer le boulanger. aller chercher sa viennoiserie tous les jours à la même heure. et en rire, en plus. regarder kd2a et se lamenter sur le fait que foudre, c'est vraiment trop nul. manger sur les champs. voir andré manoukian sur le boulevard haussmann. écouter julie gaffer sur les chinois. se faire bouffer par les moustiques. s'allonger sur une place, regarder danser les nuages en écoutant mika, et rire à en déchausser les pavés. manger des glaces cannelle-violette et faire des pique-nique sur les bords de marne. se mettre en short. se laver à midi quinze. galérer avec des alumettes. aller chez séphora pour se tartiner de maquillage et ressortir avec une tête de voiture volée. s'asseoir aux tuileries, sous la pluie. se lamenter devant l'emploi du temps de sa prépa d'été. se repasser en boucle les sketchs de gad elmaleh. se regarder aller mieux. ne plus se coiffer. refaire le monde continuellement.