dimanche

7.




j'étais assise sur le siège en plastique froid, je lisais l'art du roman. la ritournelle, j'écoutais la ritournelle. un couple est arrivé, empêtrés dans un tas de paquets, malhabiles et grotesques. ils cherchaient deux sièges l'un à côté de l'autre. je me suis levée pour les laisser s'asseoir ensemble, en laissant une phrase en suspens, une note se perdre dans l'air moite de la station de métro. le jeune homme m'a regardé, il m'a murmuré un merci. j'ai repris la phrase que j'avais laissé en suspens : l'ingénieur a perdu sa patrie et tout l'auditoire rit. c'est à cet instant précis que la note explosa en vol. c'est à cet instant précis que je réalisais l'état de solitude à jamais inassouvie.

samedi

6.


il y a.


les secrétaires qui lisent des romans où l'étreinte est facile.
les quadras luisant de gomina.
les moutards qui hurlent.
les mères qui cherchent la compassion du regard car, de facto, leur moutard hurle.
les amis des bêtes qui font asseoir leur berger des pyrénées sur le strapontin.
les cons qui gardent leurs lunettes de soleil.
les chauves qui se nient bêtement.
les instables remplis de tocs hilarants.
les idiots qui cherchent à soutenir le regard.
les madame j'entre en ville qui se sont vues invitées hâtivement à manger à la closerie des lilas par leur amant.
les cadres sup' qui lorgnent les jeunes filles.
les prépubères qui aiment tellement 50cent qu'ils veulent en faire profiter tout le wagon.
les pressés qui ont un train à prendre.
les inclassables qui lisent des modes d'emploi d'aspirateur.
les grands-mères qui trotinent vers la porte avant que la sonnette ne retentisse.
les indécis qui attendront le prochain.
les étranges qui se baladent en short, la bedaine prenant l'air et saluant la foule.
les cons qui font claquer le strapontin quand ils se lèvent.



et puis, il y a ceux qui font des listes.











mercredi

5.







- merde, j'ai oublié un truc.

- ah ouais, quoi ?

- mes chaussures.



sauter dans un rer direction paris. faire des tarots en terrasse. enchaîner les cafés. prendre le métro surchauffé. les écouter s'marrer. entendre quinze fois par jour on fait quoi ce soir ?. élire domicile à la tour d'argence. pouvoir regarder malcolm. kiffer le boulanger. aller chercher sa viennoiserie tous les jours à la même heure. et en rire, en plus. regarder kd2a et se lamenter sur le fait que foudre, c'est vraiment trop nul. manger sur les champs. voir andré manoukian sur le boulevard haussmann. écouter julie gaffer sur les chinois. se faire bouffer par les moustiques. s'allonger sur une place, regarder danser les nuages en écoutant mika, et rire à en déchausser les pavés. manger des glaces cannelle-violette et faire des pique-nique sur les bords de marne. se mettre en short. se laver à midi quinze. galérer avec des alumettes. aller chez séphora pour se tartiner de maquillage et ressortir avec une tête de voiture volée. s'asseoir aux tuileries, sous la pluie. se lamenter devant l'emploi du temps de sa prépa d'été. se repasser en boucle les sketchs de gad elmaleh. se regarder aller mieux. ne plus se coiffer. refaire le monde continuellement.

4.




it's a game of give and take.




je ne pleure plus. ni en écoutant la liste. ni en lisant baudelaire. ni en murmurant l'accordéoniste. ni en voyant mon chat détaler. ni en étant allongée sur mon canapé. ni en décrochant le téléphone. ni en frôlant le pilier en mosaïque bleue. ni en entendant la sonnette faire son boulot. ni en regardant mon bracelet. ni en feuilletant un wallpaper sur bruxelles. ni en tentant de retrouver le goût du vin aux fruits et la demie obscurité du goupil. ni en voyant des lucioles. ni en croyant retrouver un regard dans les rayons d'un magasin. ni en songeant à la longueur de l'avenue. ni en me prenant les pieds dans les pédales de mon vélo. ni en voyant mon oreiller vide. je peux écouter la bo des chansons d'amour en regardant les nuages qui filent. et je crois même que je souris.

mardi

3.











la photo est là, accrochée sur le fil prévu à cet effet. je reste des heures devant, attendant juste qu'il se décide à cligner des yeux. attendant qu'il crie qu'il n'est pas tout à fait mort, que tout ça, ce n'était qu'une grande plaisanterie. il sortirait du papier brillant, en époussetant le noir et blanc de ses vêtements. je connais déjà le son de sa voix, l'odeur au creux de son cou, et la barbe naissante qui se promène çà et là sur ses joues. en attendant, il ne bouge pas, le regard fou et la machoîre un peu crispée. un soir d'ivresse où la nuit tombe sans qu'on y prenne garde, il sortira de la photo. il me murmurera la part d'indescriptible que je ne peux saisir, et je rirai à gorge déployée. on ira s'asseoir dans les courants d'air, il aura même l'air vivant. à peine aurais-je frôlé sa peau qu'il disparaîtra.




histoire de ne pas briser les habitudes.

samedi

2.






on croit toujours que ça se déroulera comme dans un film. il arrivera en retard, attrapera doucement notre menton et renversera notre tête vers l'arrière. il nous embrassera comme ça, et sa main restera quelques instants posée sur notre cou. et puis on monte dans un train, on regarde le quai rempli de sons indistincts, la dame au sifflet, le vent qui soulève les vestes. le train démarre, le quai se met à défiler. et rien d'autre que cette musique qui résonne.




les amours passagères font de futiles efforts.
leurs caresses ephémères nous fatiguent le corps.
les amours qui durent font les amants moins beaux.
leurs caresses, à l'usure, ont raison de nos peaux.