samedi

29.



les arbres décharnés, les pavés détrempés, un air à la guitare qui plane dans les tréfonds d'une tête délabrée. et puis le vent, à peine une brise, qui fend la foule sans se presser et emporte avec lui un joli tas d'années. le parvis de beaubourg est tout émoustillé, il rit comme une enfant qui fomente une connerie dans l'instant. je ferme les yeux, et l'oubli s'évapore pour laisser doucement le souvenir me glisser sur les hanches.
la grille en fer forgé, et puis ces escaliers qui semblent n'en plus finir, éternels, immuables, à jamais imprimés dans la pierre lézardée. la boîte aux lettres à l'inaltérable rituel, la statue hideuse dont on cherchait à éviter le regard quand nous montions vers la piscine, les bras chargés d'assiettes, les couverts en balade dans les graviers où nous marchions pieds nus sans guère nous soucier des remontrances alentour. à quoi bon enfiler quoi que ce soit sur ces corps qui ne cessaient de danser, de hurler à pleine voix. on cherchait seulement à se gorger de soleil en attendant demain. on sautait à pieds joints dans l'eau turquoise avant d'ouvrir les yeux pour regarder les pins prendre des formes nouvelles au rythme de l'eau, jusqu'à ce que le souffle nous manque. et dormir sous les toits en étouffant les rires, boire le café sur une terrasse calcinée de soleil en jouant aux cartes sans parvenir à s'en lasser. les rires qui fusent parce que la grand mère triche, dieu que c'était bon. le tas de kundera posé sous le grand chêne, des brins d'herbe qui dansent dans des cheveux qui sentent encore la mer, les pages tournent comme des vieilles dames qui se promènent et la voix lactée attend que pontevin se décide à briser le silence. mais cela n'appartient qu'aux timides. on abandonnait tout le temps de quelques heures, descendre vers la plage quand le soleil se meurt, quand la foule s'en va mettre en scène sa fadeur ailleurs. le bitume brûlant sous nos pieds, on passait sous le tunnel en pierre taillée et nos murmures résonnaient comme un secret éventé. de loin on entendait à table la marmaille, alors on se laissait porter par les soupirs. et puis ces nuits d'été allongés sur le sol encore chaud, à regarder le ciel en faisant mine d'avoir vu une étoile filante. on faisait toujours le même voeu qui ne se réalisait jamais. on s'en foutait. tout ce qui comptait alors, c'est qu'on était vivants.

c'était avant qu'une porte ne claque et ne laisse s'immiscer le silence.

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